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Accueil > Positions > Presse > Communiqués de presse > 2008 > Des titres-services pour l’accueil des enfants : de qui se moque-t-on ?

Communiqué du 5 mars 2008.

À la fin du conclave budgétaire, le Premier Ministre annonce différentes mesures sociales parmi lesquelles figure un chapitre ayant fait l’objet de longues discussions : celui des titres-services. On apprend alors qu’il a finalement été décidé de ne pas élargir ce dispositif à la garde d’enfants. Sage décision !

Le 27 février, changement de cap. La Libre Belgique rapporte en effet que Josly Piette, Ministre de l’Emploi et du Travail, a annoncé :"qu’une expérience serait menée pendant un an pour voir si le système des titres-services ne pouvait pas être élargi à la garde d’enfants à domicile entre 16 et 19 heures et le mercredi après-midi."

De qui se moque-t-on ? Nous sommes autant indignées par la malhonnêteté de la communication que par cette volonté d’élargir quand même les titres-services à la garde d’enfants.

Vie Féminine tient à exprimer son opposition catégorique à cet élargissement et à rappeler ses arguments :

- L’accueil des enfants doit être assuré par des professionnel-le-s qualifié-e-s. Or les titres-services n’offrent pas de garanties suffisantes en matière de formation des travailleurs, ni en matière d’encadrement.

- Le système des titres-services ne vise pas un accès démocratique aux services car nombre de familles ne pourront s’offrir des prestations dans ce cadre qui, contrairement aux autres formes d’accueil subventionnées, ne prend pas en compte le revenu des parents dans la fixation du prix de la garde.

- Le système des titres-services s’accompagne d’une déductibilité fiscale accessible uniquement aux personnes qui ont des revenus imposables, ce qui renforce encore les inégalités. De plus, le tarif des titres-services, même "sociaux", se situe bien au-delà du coût de l’accueil subventionné et reste donc inaccessible pour de nombreuses personnes.

- Les titres-services permettent l’accueil de quelques enfants pour un coût important pour les familles et la société alors que, dans un service subventionné, davantage d’enfants sont accueillis à un coût proportionnel aux revenus de leurs parents.

- Les emplois créés dans le cadre des titres-services ne garantissent pas la continuité de l’accueil, pourtant prônée par le code de qualité de l’ONE, étant donné le turn-over induit par le système même des titres-services.

- L’extension des titres-services à la garde des enfants reviendrait à une privatisation et à une marchandisation de l’accueil risquant d’engendrer le démantèlement des structures publiques et associatives qui offrent des services non-marchands de qualité, accessibles à toutes les familles en fonction de leurs revenus.

Nous nous demandons également pourquoi nos responsables politiques, tous partis confondus, ne sont pas en capacité de penser une réelle politique de l’accueil de l’enfance basée sur les principes d’égalité et d’accessibilité pour tous et toutes. Les enfants et leurs parents méritent mieux que des mesurettes coûteuses ou des "sparadraps idéologiques" visant à agrandir un peu plus encore la brèche vers la marchandisation des services d’accueil de l’enfance.

Nous déplorons aussi l’émiettement de la politique de l’enfance, qui se décline davantage en fonction des intérêts électoraux des uns et des autres qu’en fonction de ceux des enfants et des parents. Nous invitons donc nos responsables politiques à faire un arrêt sur cet enjeu trop sérieux pour être mis entre n’importe quelles mains. Élargir les titres-services à la garde des enfants, c’est mépriser non seulement les enfants mais aussi l’ensemble des structures d’accueil qui s’efforcent, avec des moyens trop souvent insuffisants, de garantir un travail de qualité, contrôlé de manière stricte par l’ONE.

Pour toutes ces raisons, nous tirons la sonnette d’alarme afin que nos responsables politiques arrêtent d’improviser ou de bricoler l’accueil et l’éducation de nos enfants. Nous exigeons au contraire des politiques cohérentes et ambitieuses pour un accueil de qualité accessible à tous. Pour cela :

L’accueil des enfants doit être une réelle priorité, y compris en termes de financement récurrent et suffisant permettant le développement des milieux d’accueil à domicile et collectifs.
De nouvelles places d’accueil subventionnées doivent être créées pour répondre aux besoins des enfants et des parents.
Le statut complet de travailleur salarié des accueillantes conventionnées doit être mis en place et financé.
La professionnalisation des métiers de l’accueil de l’enfance doit être soutenue via le financement des formations de base et continuées.

Contacts :

Hafida Bachir, présidente nationale de Vie Féminine
Tel : 02 227 13 00
GSM : 0488 41 35 65

Emmanuelle Devuyst, Responsable Fédération des Services Maternels et Infantiles
Tel : 02227 13 31