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Accueil > Nationale > Dossiers > Gouvernement Vivaldi et Droits des femmes > Le gouvernement Vivaldi : sans les droits des femmes mais…

Dans la perspective des élections de mai 2019, Vie Féminine avait diffusé auprès des différents partis politiques ses revendications pour garantir les droits des femmes. On se souviendra que nombre de nos priorités avaient été reprises dans les déclarations des gouvernements régionaux et de la Fédération Wallonie* . Pouvons-nous en dire autant pour ce qui concerne l’accord du gouvernement « Vivaldi » qui a vu le jour près de 500 jours après notre passage dans les urnes ?

Où sont passés les droits des femmes ?

Dès le début du confinement, Vie Féminine avait alerté sur le risque d’exacerbation des inégalités sociales et des violences à l’égard des femmes. Au fur et à mesure de la crise, ces inquiétudes se sont malheureusement confirmées. À plusieurs reprises, et avec d’autres associations, nous avons exigé des mesures d’urgence pour garantir les droits des femmes dans tous les domaines.
On aurait pu dès lors s’attendre à découvrir un accord de majorité qui, au minimum, reconnaisse les difficultés spécifiques que rencontrent les femmes et au mieux propose une politique ambitieuse pour garantir les droits des femmes dans tous les domaines de la vie sociale et économique. Premier constat qui saute aux yeux quand on parcourt la note du gouvernement : on n’y trouve aucune mention de la notion des droits des femmes !

Vie Féminine rappelle combien il est important pour les responsables politiques de nommer les droits des femmes et de s’engager à les garantir car cela permet de leur donner une légitimité dans l’opinion publique. Face à l’ampleur des inégalités et des discriminations (sexistes, racistes, économiques…), les femmes ne restent pas passives et demandent des changements à tous les niveaux de la société. Mais elles doivent être entendues et soutenues dans cette lutte pour leurs droits.

Égalité de genre
Néanmoins, on va retrouver dans l’accord tout une série de mesures qui touchent à l’égalité des hommes et des femmes et rejoignent les revendications portées par Vie Féminine. Le gouvernement veut ainsi réformer le congé parental et les différents régimes de congés pour parents afin de permettre une répartition plus égalitaire entre les deux parents. Nous resterons néanmoins vigilantes pour que cette réforme tienne compte des nombreux obstacles financiers ou juridiques que rencontrent certaines familles (monoparentales, temps partiel, etc.).

Le congé de naissance sera quant à lui prolongé graduellement, pour passer de 10 à 20 jours. Là aussi, nous resterons attentives à ce que tous les travailleurs.ses puissent effectivement exercer ce droit (intérimaires, personnes sous contrat temporaire de courte durée). D’un autre côté, le fait que le congé de naissance continue à être lié au travail crée des inégalités entre les parents : notamment les personnes sans papier, indépendants, en formation ou au chômage.

En ce qui concerne les violences à l’égard des femmes, l’accord du gouvernement avance la garantie d’une « approche coordonnée à part entière de la maltraitance des enfants, et des violences intrafamiliales et sexuelles » ou encore le fait que « Le Gouvernement fera de la lutte contre la violence de genre une priorité ». L’accord prévoit également deux mesures concrètes sur la formation des agents de police et de santé et sur le renforcement des centres de prise en charge des violences sexuelles. Il est impératif que cette politique de lutte contre les violences soit en phase avec les recommandations de la Convention d’Istanbul.

Au sujet de la contraception, le gouvernement prévoit de supprimer les barrières qui entravent son accès. Des précisions sont évidemment nécessaires pour comprendre de quelles barrières il s’agit et selon quelles modalités cela va se concrétiser. Vie Féminine continue à insister sur des politiques qui soutiennent l’accès des femmes à la contraception, ce qui suppose de pouvoir choisir librement un contraceptif sans se soucier du prix, de bénéficier d’une contraception sans subir d’effets néfastes sur sa santé, de pouvoir partager cette responsabilité dans le couple et de recevoir des informations concrètes et complètes sur les différents moyens contraceptifs possibles.

Concernant la justice, nous pouvons nous réjouir de l’annonce d’une « injection budgétaire » alors que l’institution a été soumise à de nombreuses réformes poursuivant des objectifs d’économie. Le gouvernement souhaite également améliorer l’accès et la qualité de l’aide juridique pour les publics vulnérables, une nécessité pointée dans le mémorandum de Vie Féminine. Cependant, nous restons vigilantes quant à ce que recouvrent ces principes d’efficacité et d’accessibilité.

Après la victoire historique obtenue durant le confinement en matière d’avances sur les pensions alimentaires, le gouvernement veut prendre à bras le corps la situation financière difficile et le fonctionnement du SECAL. Il s’engage à suivre les recommandations de la Cour des Comptes qui, chaque année, tire la sonnette d’alarme sur la précarité financière de ce service fédéral essentiel pour les femmes monoparentales.

Socioéconomique : ne pas oublier les femmes !
« La sécurité sociale fera l’objet d’une modernisation en profondeur, en collaboration avec les partenaires sociaux » dit le gouvernement. Pour Vie Féminine, toute modernisation de la sécurité sociale doit s’accompagner d’une individualisation des droits sociaux. Or, cette option n’est reprise nulle part dans l’accord. Individualiser les droits en sécurité sociale, c’est repenser le système pour qu’il permette aux femmes comme aux hommes de se construire des droits propres, suffisants et durables.

Une des mesures phares du gouvernement est la fameuse pension à 1500 euros mais le souci, c’est qu’elle ne concernera que les personnes qui ont une carrière complète de 45 ans. Même si un correctif est prévu pour les carrières incomplètes, cette mesure reste éloignée de ce que réclamait Vie Féminine, c’est-à-dire une pension à 1500 euros sans condition de carrière. Une fois de plus, cette revalorisation de la pension minimum a été pensée en fonction de la norme masculine du temps plein.

Le gouvernement s’engage également élaborer un plan ambitieux de lutte contre la pauvreté en concertation avec les acteurs de terrain selon 5 principes : une détection précoce de la pauvreté, un accompagnement personnalisé des ménages, une amélioration des revenus et un recours automatique aux droits et enfin, l’emploi durable comme levier pour réduire la pauvreté. C’est dans ce chapitre que l’on va également retrouver une série d’engagements qui rejoignent les revendications portées par Vie Féminine durant la crise sanitaire, notamment concernant les familles monoparentales, le paiement des pensions alimentaires, les dettes privées et de santé, le règlement collectif de dettes, la précision de l’adresse de référence, l’aide psychologique, accès aux institutions, etc.

*https://www.axellemag.be/breves/droits-des-femmes-au-coeur-des-politiques-des-entites-federees/